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  • Yoann Thubin

Rencontrer l'animal: l'affût et l'approche

Mis à jour : 11 juin 2019

La technique reine de l'image animalière en milieu sauvage


L'image animalière suppose... de se confronter à l'animal. Fort de cette pompeuse et tonitruante révélation se pose alors la question du "comment". L'animal sauvage, dans nos contrées et par définition, se fait le plus souvent discret et cherche à éviter la rencontre avec l'humain. Pour provoquer malgré tout cette rencontre, deux technique prévalent: l'affût, ou bien l'approche.


L'affût est l'art du camouflage mais, plus encore, de l'attente. Trouver l'endroit propice, s'y fondre dans le décor à l'aide de quelques pièces d'équipement adéquates (filet de camouflage, ghillie suit), et attendre. Voilà, c'est là toute la pratique de l'affût, rien de plus. Et pourtant, ces heures passées tapis dans les branches sont précieuses. Une occasion, qui peut se faire rare aujourd'hui, d'attendre. Non pas de ne rien faire, mais d'être là, simplement, pleinement, le temps qu'il faudra. Et il en faut, du temps. L'animal sauvage est prudent et, surtout, le plus souvent vagabond. Il couvre de vastes distances chaque jour et il faut de la patience assortie d'un peu de chance pour se trouver là au bon endroit, au bon moment. Des heures et des heures à attendre, l’œil et l'oreille en éveil, attentif au moindre mouvement, au plus subtil craquement qui indiquerait que la bête est proche. Parfois, vous l'entendrez, la percevrez presque. Juste là, à quelques mètres, au-delà de ce buisson. Si proche. Tellement proche. Mais elle restera invisible. Pour cette fois. Peut être la suivante aussi. Celle qui suivra, pas un battement d'aile ne viendra rompre la monotonie du lieu choisi. Et puis une autre fois, après des heures, ou quelques minutes après s'être assis. Le voila. Le cerf. Le chevreuil. Le renard. La troupe de sanglier, que sais-je, l'animal. Il ne fera que passer. Ou bien il restera. Mangera. S'allongera. S'ébrouera. Combattra. Vivra sa vie telle qu'il la remplie chaque jour, ailleurs. Mais cette fois-ci, vous êtes là. Témoin attentif et invisible. Puis l'instant passera, le calme reviendra. Il faudra revenir, ici ou ailleurs, attendre pour rien. Jusqu'à un nouvel instant, qui poussera vers le suivant.


L'approche, ou billebaude, est le pendant plus actif de l'affût. Il s'agit de pister l'animal, de s'aventurer sur ses chemins, à sa suite, jusqu'à le rattraper, peut être. Se vêtir de couleurs sombres et apprendre à marcher le plus silencieusement possible sont les pré-requis indispensables. Puis apprendre comment marcher. Quelques pas, s'arrêter, tendre l'oreille, repartir. On ne se rend pas compte à moins d'y prêter une réelle attention du tumulte que l'on propage lorsque l'on marche en silence. Le poids du pas réveil le sol, ses pierres, ses feuilles, ses branches. Roulis, craquement, plainte du bois, bruissement des herbes, ces sons se propagent loin. Ce sont des cris d'alerte, qu'il faut faire taire tant que faire se peut...


L'animal se doit d'apprendre à réagir au moindre son incongru. C'est là son quotidien. En cas de doute, il s'éloigne, fuit. Toute la satisfaction de l'approche est d'avoir su s'approcher sans être détecté. Un pas de plus. Un pas de plus. Un pas de plus... Pas plus près. Il faut aussi savoir s'arrêter avant de déranger.




Quelque soit la méthode choisie, la règle d'or de la rencontre de l'animal est qu'elle ne se fasse pas à ses dépends. L'animal sauvage voit ses espaces propres se réduire encore et encore, c'est une évidence aujourd'hui. Et ses rencontres fortuites avec l'humain ne tournent pas toujours à son avantage. Ceux qui survivent, et transmettent leur comportement aux générations suivantes, sont les plus prudents. Un bruit, une odeur, la vue d'une forme inhabituelle sur un terrain dont ils connaissent chaque aspérités, et c'est la fuite. Dans le doute, écouter son courage. Qui en général ne dit rien, et donc prendre ses jambes à son cou. C'est le comportement le plus commun. Et cela occasionne fatigue et stress, en plus d'inciter les individus à éviter pour un temps l'endroit en question, où ils pouvaient trouver nourriture ou autre. Profiter de ces instants de connivence avec la vie sauvage est possible, accessible. Mais il serait incohérent, absurde, que cette quête nuise à son objet.

Reste malgré tout la possibilité d'une rencontre exceptionnelle, avec un animal qui tolérera votre présence à ses côtés.


Y.



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© 2019 par Yoann Thubin